Du géocentrisme du Front National

Publié le par Fabien Ruet

Du géocentrisme du Front National

 

 

Sans doute dois-je vous présenter quelques excuses pour vous avoir laissés sans chronique sur le blog, depuis quelques jours. Il m’était nécessaire de prendre un peu plus de temps pour formaliser la présente contribution consacrée au géocentrisme du Front National dans l’échiquier politique hexagonal. Le géocentrisme renvoie à cette théorie ancienne selon laquelle la terre immobile était au centre de l’univers. L’agitation actuelle de la classe politique et une série d’alertes mobilisent notre attention. La confrontation au réel et la pratique quotidienne de l’action publique peuvent légitiment nourrir des inquiétudes quant aux dynamiques électorales qui se préparent à la veille des prochaines échéances électorales. L’heure n’est plus à jouer avec la peur du vote Front National, mais d’en comprendre les mécanismes et d’en déjouer les instrumentalisations par une partie des dirigeants de l’UMP, de dresser un premier droit d’inventaire des promesses, réalisations et déceptions de 2012.

 

 

Il est fort probable que l’extrême droite ne se plaindra pas du traitement médiatique qu’elle subit actuellement. Il faut bien dire que les dirigeants du Front National n’ont pas de grands efforts à déployer pour faire parler d'eux au cœur de l’agenda médiatique. Vendredi 13 septembre dernier, cela ne s’invente pas, Libération titrait en une « le Poison FN », comme un étrange écho à une autre une du quotidien faisant de François Hollande, le « président des patrons ». Deux unes et déjà un singulier résumé du défi politique auquel nous sommes aujourd’hui confrontés. La stratégie de conquête électorale du principal parti d’extrême droite se dévoile à l’approche des prochaines consultations municipales. Les atermoiements stratégiques des dirigeants de l’UMP quant à la stratégie du Front Républicain ne sont pas exempts d’arrières pensées stratégiques. L’idéologie toxicomaniaque du fait divers au sein des médias d’information en continue nous livre un télescopage cathodique qui peut désarçonner une classe politique nationale aux abois depuis la sinistre affaire Cahuzac. Entre réaction de proximité et réactivité proximiteuse, le danger est de se laisser emporter par la spirale sordide et inflationniste des homicides et autres braquages de commerces. Le jeune retraité de La Ciotat, assassiné pour avoir voulu prendre en chasse des cambrioleurs marseillais, devient un héros de la bouche-même du ministre de l’intérieur. Le bijoutier de Nice, qui veut se faire justice lui-même, brouille les frontières de la légitime défense. Les réseaux sociaux se déchainent comme un défouloir où la hiérarchie des valeurs entre parole pulsionnelle, experte et politique se décompose. C’est alors la question de notre gouvernance qui se pose avec acuité, dans une société individualisée jusqu’à l’égoïsme. Voulons-nous encore vivre ensemble ? Est-il encore possible de trouver un idéal suffisamment mobilisateur pour régénérer notre pacte républicain et social ?

 

Dans ce contexte extrêmement troublé, c’est l’ensemble de la classe politique raisonnable qui se doit de réagir à la veille d’échéances électorales primordiales du point de vue de la démocratie de proximité. Les élus locaux ne parviendront pas à revoir les fondements de nos théories du contrat social. Une simple réunion de pied d’immeuble leur permettra de se rendre compte des ravages de l’individualisme : la plupart des habitants ne se connaissent pas ou plus, beaucoup aspirent à une vie fantasmée dans le retranchement d'un pavillon individuel. Ce n’est certainement pas ce billet qui permettra de faire avancer les choses, mais il faut bien comprendre que le blog est parfois une échappatoire pour sortir des sentiers battus et bien balisés. Le doute est constructif. Cette alerte de la base doit être entendue. La gauche de gouvernement doit se positionner en profondeur sur les réponses à apporter à bon nombre de ses déçus. A défaut de s’engager dans ce chemin de l’exigence, nous prenons le risque de voir grossir les rangs de l’abstention, voir même des transferts vers l’électorat du Front National. Dans un cas comme dans l’autre, ce sera une progression arithmétique et mécanique de l’extrême droite… bien aidée en cela par les stratèges de l’UMP. Regardez les premières enquêtes d’opinion sur Marseille. Sur le thème polémique de l’insécurité, l’UMP se laisse porter dans un tête à tête confortable avec le Front National qui lui permet de se maintenir au sommet des intentions de vote. 

Publié dans Parti Socialiste

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WOLFF 21/09/2013 11:47

Parfaitement vu. Pour ceux qui ont pu regarder l'émission d'Antenne 2 hier soir, Fredéric Tadeî avit reuni un pannel de journalistes, la chanteuse franco- algerienne Juliette , une députée socialiste de l'Aisne et surtout des historiens et sociologues qui tous démontraient ce phénomène de "broillage de cartes".
Ce n'est pas, en réalité en se focalisant sur le Front National qu'on avancera mais en retenant directement l'attention des citoyens.
G.W.