Découvrez le Livre de Vie de Bergerac

Publié le par Fabien Ruet

Découvrez le Livre de Vie de Bergerac

Les journées européennes du patrimoine se dérouleront à Bergerac le 14 et le 15 septembre. C’est l’occasion de mettre à l’honneur le Livre de Vie de Bergerac. Pour beaucoup de Bergeracois, il ne s’agit que du nom d’une place entre le presbytère et l’église Saint-Jacques, au cœur du vieux Bergerac. Pour les plus érudits, il s’agit d’un des ouvrages les plus précieux des archives municipales, entièrement rédigé en langue occitane. Pour une poignée encore, il est le témoignage d’une audace intellectuelle exceptionnelle qui fait du livre de vie un document de référence dans l’histoire des idées politiques.

 

En 1379, à la demande des magistrats de Bergerac, alors que la ville est livrée aux désordres et aux pillages de la guerre de 100 ans, Johannes THOYR commence la rédaction du Livre de Vie. La ville ne peut alors compter que sur ses propres forces pour faire régner l’ordre et tenter d'apporter un minimm de sécurité aux Bergeracois. Le Livre de Vie s'apparente à un instrument de légitimation du pouvoir local puisqu'il proclame qu’un jour où l’autre les ennemis de Bergerac devront répondre de leurs actes. La rédaction a jour le jour du Livre de Vie permettra de garder une trace écrite des méfaits accomplis. Il s’apparente à un acte de foi en la Justice. Dans le Bergeracde la guerre de 100 ans, il doit aider à triompher des peurs dans une ville tiraillée entre sa fidélité à la couronne de France et l’incapacité pour cette dernière de pouvoir nous protéger.

 

Pour ce qui me concerne, le livre de vie de Bergerac doit être considéré comme une contribution essentielle à l’histoire des idées politiques. Il mérite toutes les attentions et permettre la vulgarisation qu'il mérite. Je me souviens de mes premières et éphémères années de moniteur de Droit Constitutionnel. Devant le groupe de jeunes étudiants de première année qui devait subir mes enseignements, nous commencions toujours nos travaux dirigés par les théories du Contrat Social. Nous réfléchissions aux fondements et aux limites de la domination politique. Jamais je n’aurais osé évoquer la promesse esquissée par le Livre de Vie. Le pouvoir pouvait-il être fondé sur une promesse de justice ? Hobbes, Locke et Rousseau s’affrontaient dans un débat théorique des plus classiques pour réfléchir, dans le bouillonnement intellectuel de la fin du 17ème et du début des Lumières, sur les fondements de la domination et de la représentation . les uns et les autres s’opposent autour des conceptions de l’homme à l’état de nature. « Lhomme est un loup pour l’homme » selon Hobbes, citation bien connue d’une pensée politique beaucoup plus complexe. Face à la menace de la « guerre de tous contre tous », notre désir de sécurité doit l’emporter pour nous conduire à nous soumettre à l’autorité. Incontournable figure du Léviathan ! Jusqu’où suis-je capable d’aliéner une partie de ma liberté individuelle pour garantir ma sécurité ? Notre voisin sarladais La Boétie nous offrait une bien agréable parenthèse en jetant les bases de la désobéissance civile, dès 1549. Mais par son discours de la servitude volontaire ne cherchait-il pas à fixer les limites à la domination ? Limites que John Locke, par son traité du gouvernement civil de 1690, finissait par définir avec plus de précisions.

 

Il faut donc imaginer l’audace intellectuelle de Johannes THOYR et du Livre de Vie de Bergerac, près de 300 ans avant Hobbes, 170 avant La Boétie. Les magistrats de Bergerac fondent la légitimité du pouvoir et de la domination sur la croyance en la Justice. C’est un cri d’espoir dans des temps troublés, une foi en la justice au cœur d’un conflit dont on ne voit pas l’issue. Abandonnée de tous, livrée à elle-même, Bergerac résistera. Dans l’espoir de l’Apocalypse de Jean, les magistrats annoncent aux Bergeracois que le temps de la justice des hommes viendra. Le Livre de Vie est ouvert comme pour mettre fin à l’impunité. Chacun devra répondre de ses actes. Le Livre de Vie devient registre de « main-courantes ». Nous sommes en 1379. Les magistrats de Bergerac ne peuvent pas savoir qu’ils viennent de lancer au monde l’idée de la justice internationale.

 

Je vous invite à venir découvrir le Livre de Vie au Musée de la Ville, du Vin et de la Batellerie, rue des Conférences (en contrebas de la place de la Myrpe). L’édition la plus récente du texte est disponible dans la collection occitane des éditions Fédérop : Le Livre de Vie (1379-1382), éd. Préparée par Y.Laborie, J.Roux et B.Lesfargues, Fédérop ; 2002.

Et pour prolonger la discussion, je vous propose de me retrouver sur les ondes de Bergerac 95. C'était à l'occasion de la dernière félibrée où j'invite à découvrir le Livre de Vie. Pour accéder à l'entretien, vous connaissez le principe : Il vous suffit de cliquer sur la flèche orange. Bonne écoute. 

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WOLFF 15/09/2013 19:34

Dommage que n'ai pu te suivre dans ce que j'appelerais " Les tribulations d'un lecteur dans les lettres "... Tout simplement pour raison de santé...
G. Wolff.