Vous souvenez-vous du jour où... n°9

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Installation des feux tricolores

 

Aujourd'hui, je vous propose un neuvième billet de votre chronique de souvenirs du blog-notes. C'est un retour attendu de cette rubrique dont je me dois de remercier le gentil commentaire de la rubrique Cyrano du quotidien régional d'information Sud-Ouest, il y a quelques semaines.

 

Je vous suggère un voyage à la fin des années 1970 comme une envie d'apporter un éclairage du passé aux présents travaux que nous menons dans le cadre de la préparation du Plan Global des Déplacements de la Ville de Bergerac. Il y a déjà beaucoup de symbolique dans cette photographie prise en 1979. Le technicien, du haut de sa nacelle, procède aux derniers réglages des ampoules des nouveaux feux tricolores du boulevard Chanzy. La pose de ce totem emblématique du règne de l'automobile structurera notre paysage quotidien et devra donner le tempo de nos déplacements comme la promesse d'une vie régulée, cadencée voir calibrée à la seconde. Rêve ou cauchemar ? Dans cette photographie qui appelle à l'élévation du regard comme pour mieux magnifier la puissance publique en action, l'importance des espoirs portés par les décideurs politiques de l'époque transparaît. Reste la confrontation au réel.

 

Vous souvenez-vous du jour où « l'onde verte » est entrée en fonction ?N'y voyez surtout pas une quelconque allusion à une dynamique politique locale récente qui aurait permis l'élection de la première femme députée en Bergeracois. L'onde verte est le joli nom qui fut attribué à la mise en place d'un réseau de feux tricolores sur l'ensemble des boulevards de Bergerac, à la fin des années 1970. Une fois n'est pas coutume, il ne sera pas facile de répondre avec précision à la question rituelle de notre chronique de souvenirs du blog-notes. L'onde verte fut annoncée comme la réponse portée par le « 7ème Plan » de Bergerac visant à mettre en place un nouveau plan de circulation. Comme une déclinaison locale des grandes heures de la planification, l'heure est au volontarisme politique. L'idéologie de la décision, pour reprendre le titre de l'ouvrage de Lucien Sfez consacré à cette période, structure l'imaginaire politique de l'époque. Bergerac ne fait pas exception à la règle. L'onde verte devient le nom de code d'une véritable opération visant à mailler les grands axes de circulation d'un réseau de feux tricolores pour canaliser la circulation automobile.

 

Bienvenue dans un monde où les ingénieurs semblent avoir perdu le contact avec les réalités et multiplient les équations savantes en matière de déplacements urbains comme Jean de Florette dissertait sur la reproduction des lapins. La lecture de L'illusion politiquede Jacques Ellul devrait être obligatoire pour tous les élus locaux. Elle permettrait d'éviter bien des décisions structurées autour de la seule idée que la technique peut répondre aux problèmes qu'elle s'efforce elle-même de définir. La description de la mise en place de l'onde verte à Bergerac transgresse les frontières de l'imaginaire de la langue française pour pénétrer les contrées d'un autre monde où un subtil équilibre serait mis en place entre des mécanismes de « macro-régulation » et de « micro régulation » pour aboutir à la victoire finale d'une « stratégie anti-blocage » à l'échelle de la ville. Les feux tricolores ne se contentaient plus de canaliser le trafic automobile, ils devenaient les fers de lance d'une illusion de maîtrise totale de la circulation visant « à ne laisser pénétrer sur chaque carrefour que le seul volume de trafic qu'il est en mesure d'écouler et par extension ne laisser entrer dans les zones à forte concentration que ce qu'elles sont capables de recevoir et d'évacuer ».

 

Fin 1980, l'ensemble du réseau de feux tricolores sera déployé sur Bergerac. Ce faisant, l'onde verte ne sera jamais totalement efficace car elle n'avait pu traduire ni en équations ni en cadencements les habitudes de déplacement et la glorieuse incertitude de la liberté humaine. Bientôt, la passion des rond-points viendra se substituer à celle des feux tricolores. Il ne s'agira plus de cadencer mais de fluidifier et de sécuriser la circulation.

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gérard Wolff 18/07/2012 17:13


Je me souviens, que dans les années 65/69  la ville de Toulouse où je résidais comme étudiant avait fait le même chose mais , en principe, en mieux... Les feux verts et rouges
devaient battre à l'unisson pour fluidifier la circulation "intra- muros". Avec des amis étudiants on avaient des voitures mais qu'on utilisait que le soir pour aller en boîte ou à la
campagne ou pour aller jouer au rugby le dimanche. On a testé ce système pour aller , qui de la côte pavée, de la barrière de Paris, des halles, de la route de Muret, etc... à la Fac de
Lettres qui était rue A. Lauthman, à 200 mètres à pieds de la place du Capitole! On a vite ressorti nos solex, motos ou repris le bus car les ingénieurs, bien entendu n'avaient jamais lus J.
Ellul. C'est vrai qu'il faudrait rendre obligatoire sa théorie sur la technique à tous les élus mais aussi à tous les X/ Pont et Chaussées qui peulent les DDE.


Je trouve ton article très intéressant et je ne me fais guère de soucis pour la future circulation dans la ville de Bergerac car je sais qu'entre tes mains elle est bien... Mais ne cède
pas à la grosse mode des transports doux, eux aussi sont porteurs de de gènes pas encore bien étudiés et un peu trop poussés par des Verts un peu dépassés et encore trop souvent utopiques!
Imagine que dans 75 ans un blog tenu par un jeune élu de gauche (socialiste car EELV sera morte) livrer sur son blog ( et il seralu partout), une rubrique intitulée: vous souvenez vous du jour
où?... les socialistes et les verts élus bergeracois remirent à la mode le transport urbain par calèches tirées par de robustes percherons ou ardennais!..." C'était dans les années 2013/2016 et à
l'initiative de F. Ruet, aidé finacierement par la députée B. Allain sur sa reserve parlementaire que le Conseil municipal de notre cité décida......"


Salut et bonnes vacances mon ami!


G. Wolff,Ellulien  et socialiste depuis longtemps!