Vous souvenez-vous du jour où... n°7

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  Au Poids Public

 

Aujourd'hui, notre chronique consacrée à la boite aux souvenirs nous conduit sur la place du foirail. Un petit bâtiment y semble abandonné dans un coin, comme le témoignage d'une époque pas si lointaine mais dont on a oublié les usages. Seules quelques lettres de pierre indiquent sur son frontispice l'utilisation passée du lieu : Poids Public. Je vous propose donc de renouer avec le vestige d'un service public communal, abandonné à la fin du siècle dernier.

 

Vous souvenez-vous du jour où on utilisait le poids public ? Ce cliché photographique a été pris à la fin des années 1970. Un camion Berliet est stationné, en attente de la pesée? Il semble comme tout droit sorti du Salaire de la peur, le film d'Henri-Georges Clouzot, inspiré du roman éponyme de Georges Arnaud. On s'attend à voir surgir Yves Montant alors que la silhouette de Charles Vanel se devine au volant. Il n'en est rien, nous sommes à Bergerac, sur la place du foirail et le conducteur du camion attend qu'on lui délivre un certificat officiel sur lequel est imprimé le poids de son chargement. Dans le petit bâtiment se trouvent deux balances imprimantes dont l'une est destinée à la pesée des marchandises légères (à partir de 1 kg) et l'autre aux marchandises pouvant atteindre jusqu'à 60 tonnes.

 

Cette photographie est riche de sens. Elle nous conduit à rappeler la fonction du poids public. Elle évoque la tradition commerciale de la ville de Bergerac. Elle permet de se souvenir d'une mission de service public. Le poids public est directement lié à l'histoire du commerce, à celle des échanges entre les hommes. Comment échanger des marchandises en ayant la garantie d'un poids exact ? Cette préoccupation peut aujourd'hui faire sourire mais ce souci est à la base du juste commerce. Il s'agissait de disposer d'un instrument de mesure fiable et indépendant. Le poids public a rempli cette fonction.

 

Il était d'abord dans le quartier Saint Martin, sur la place de la Bascule... dont il a laissé son nom au lieu même s'il n'en reste plus de traces. Il a été ensuite au faubourg. C'est au Foirail qu'il trouvera sa place définitive, à l'endroit où des marchés aux bestiaux étaient organisés, à proximité de nombreux hangars commerciaux. Je dois vous confier que nous avions envisagé un moment d'organiser le concours national de la Blonde d'Aquitaine sur la place pour renouer avec cette tradition. Le petit bâtiment du poids public, avant de devenir l'actuelle cible du collage sauvage d'affiches, était bien connu de tous les transporteurs routiers, des marchands de métaux et des éleveurs. Le poids public était un service public municipal où un agent communal était chargé de faire les pesées, à la demande, du mardi au vendredi. Une taxe de pesage était variable selon le poids mesuré. Il vous en coûtait ainsi 2 francs 40 pour 1 kg et 30 Francs 20 au dessus de 50 tonnes.

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wolff 15/06/2012 05:07


Fabien,


Tu n'as pas fini de m'étonner!... Compte- tenu de ton âge tu n'as sans doute jamais vu fonctionner la station de pesage de la place du foirail... Moi non plus car je ne fréquentais pas
Bergerac , sauf pour des raisons de travail... Mais, par contre j'ai vu et revu le "Salaire de la peur" film tourné en 1952 dans les Bouches du Rhône,nottament au camp de Saliers à
Arles où furent internés 700 Roms par la France de Vichyde 1942 à 1944, dans la bambouseraie d'Anduze, et en Camargue.


Je ne suis pas sur du tout que le camion des français  Jo et Mario( Ch.Vanel et Y. Montand) fut un Berliet car le film se passait en Amérique Centrale où les camions
français n'étaient pas connus. Il peut aussi s'agir d'un Berliet mais celui qu'on appelait le "transsaharien" à 6 roues motrices ne circulait à cette époque qu'en Afrique du Nord. Je suis sur par
contre que le véhicule conduit par Luigi et Bimba (l'italien et l'allemand) était un DodgeT110 D60 de 1943...


Sais-tu que le roman "Le salaire de la peur" a été écrit par un personnage célèbre en Dordogne et qui s'appelait non pas Georges Arnaud (nom d'emprunt) mais Henri Girard qui fut arrété et
accusé du triple crime du château d'Escoire en octobre 1941( son père, sa tante et une domestique furent tués à coup de serpe et seul lui fut épargné...). Il fut acquitté lors d'un procès assez
grotesque en juin 1943 par un ami de la famille, le grand avocat M° Maurice Garçon, avec la complicité d'un magistrat qui voulait se refaire une image car il avait trempé dans l'affaire
Stavinsky!... Il dilapida ensuite très rapidement son héritage et, criblé de dettes s'enfuit en 1947 en Amérique de Sud . C'est en 1950, de retour en France  qu'il publia ce roman sous le
nom de Georges Arnaud qui fut un grand succès de librairie et qui s'inspirait de sa vie outre atlantique comme barman, chercheur d'or et chauffeur de taxi et de camions .


G. Wolff.