Une allée Jean Zay (1904-1944) à Bergerac

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Quel est le point commun entre la promotion 2012-2013 de l'Ecole Nationale d'Administration (E.N.A.) et le nouveau quartier de la Catte à Bergerac ? L'une et l'autre ont choisi cette année de mettre à l'honneur Jean Zay. Cette figure de la République portera le nom de la nouvelle promotion de la grande école française. Plus modestement, mais avec beaucoup de fierté pour ce qui nous concerne, il prêtera son nom à une nouvelle rue qui relie l'ancienne cité de la Catte au chemin de Beauplan et au chemin de Rosette. C'était pour notre municipalité l'occasion d'affirmer la présence républicaine dans tous les quartiers de la ville. Avec Dominique Rousseau et une partie des élus de la commune et de la communauté de communes, nous avons dévoilé mercredi soir la plaque de l'allée Jean Zay, le long de l'ancienne école de Caville. Il n'est pas inutile de rappeler ce que fut la vie et l'engagement de Jean Zay. Son action est un saisissant résumé des conditions du vivre ensemble que nous nous efforçons d'établir dans le quartier.

 

Un grand républicain. Jean Zay est une grande figure de cette troisième République, du Parti Radical et du Front Populaire. Avocat de profession et né de parents alsaciens d'origine juive, il gravit les échelons d'une République en phase avec son territoire. Il sera conseiller général et député du Loiret. S'il est inscrit au Parti Radical, ses convictions éclairées et humanistes en font un digne hériter de l'esprit des Lumières. On le retrouve naturellement au sein de la ligue française des droits de l'homme et du citoyen ou de la ligue de l'enseignement. Considérons le comme un de ces jeunes turcs qui s'efforcent de faire bouger le vieux parti radical sclérosé par le poids des notables. A 32 ans, il devient ministre de l'éducation nationale dans le gouvernement du Front Populaire de 1936, conduit par Léon Blum.

 

Le grand réformateur du Front Populaire. Il incarne alors cette posture au sein de ce ministère réputé difficile. Il accompagne le passage à la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans. Avec Jean Zay, l'instituteur doit disposer d'une plus grande marge de manoeuvre et une certaine liberté d'initiative dans la définition des programmes. On parle alors d'activités dirigées et les premières classes-promenades sont initiées. Trois heures d'éducation sportive sont introduites en primaire. Les activités culturelles font également leur entrée dans les enseignements dispensés. A ce titre, Jean Zay s'efforce de démocratiser l'accès à la culture, en initiant notamment la pratique des bibliobus. Il travaillera sur le projet de ce qui devait devenir le premier festival de Cannes, dont la première édition prévue pour septembre 1939 ne pourra avoir lieu en raison du conflit mondial.

 

Martyre de la Seconde Guerre Mondiale. Alors que rien ne l'y obligeait, Jean Zay est engagé volontaire pendant la guerre, en 1939. Il est de l'aventure du Massilia pour tenter de sauver et continuer la République en Afrique du Nord. Arrivé à Casablanca, il est arrêté le 15 août 1940 et accusé à tort de désertion. Il est renvoyé en France et incarcéré à la prison de Riom. Alors que la guerre est perdue pour le gouvernement de Vichy, des miliciens le sortent de sa prison le 20 juin 1944. Complètement dénudé, Jean Zay est fusillé. Les miliciens jettent son corps au fond d'un puits et y lancent plusieurs grenades. D'origine juive et franc-maçon, Jean Zay ne pouvait que concentrer sur sa personne les haines barbares de l'extrême droite française.

 

Près de 70 ans après ce crime odieux, il était temps que Bergerac rende hommage à cette grande figure de la République.

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