Rendre justice aux travailleurs indochinois

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L'association Histoires Vietnamiennes, et son secrétaire Pierre DAUM (journaliste et correspondant pour Libération et le Monde Diplomatique) proposent une exposition sur les travailleurs indochinois pendant la seconde guerre mondiale. Après son passage aux archives départementales de Périgueux, il n'était pas concevable que cette exposition ne puisse pas venir à Bergerac. Du 3 au 21 avril, la médiathèque municipale de l'Espace Bellegarde accueillera cette exposition gratuite comme un témoignage de respect de notre ville envers ceux qui furent arrachés de leurs terres pour apporter leur main d'oeuvre à la poudrerie où à la viticulture bergeracoise. A travers l'hommage voulu par le Maire de Bergerac, c'est également le devoir de mémoire qui s'exprime par l'évocation de la destinée de ces quelques 2.000 hommes passés par notre ville. Mal logés, mal nourris, souffrant du froid et des humiliations, les travailleurs indochinois méritaient que nous puissions les honorer en Centre-ville pour réveiller les consciences et éclairer les mémoires de nos concitoyens.

 

Les travailleurs de force. Certains voudraient réhabiliter les effets positifs de la colonisation. L'histoire des travailleurs indochinois en France et en Bergeracois effondre le mythe tenace d'une mission civilisatrice et modernisatrice de la France dans son empire colonial. Alors que nous nous préparons à la guerre, Georges Mandel, ministre des colonies, mobilise les énergies. L'Indochine, qui n'a jamais été une colonie de peuplement, peut fournir des soldats et des bras. Outre les 7.000 tirailleurs indochinois destinés au front, il est décidé de faire appel aux « travailleurs volontaires » pour suppléer au manque de main d'oeuvre dans les usines d'armement et pour soutenir l'effort économique de guerre de la métropole. Dans la réalité, 90 % des 20.000 travailleurs indochinois seront forcés de se rendre en France, arrachés aux provinces les plus rurales et les plus pauvres. Sur 23 millions d'habitants, 20 millions d'indochinois sont pauvres et illettrés. Ils sont une proie facile pour les « élites » locales indochinoises et complices de la France coloniale. La province du Annam fournira plus de la moitié des effectifs. 20.000 travailleurs sont chargés à fond de cale dans des cargos et débarquent à Marseille où ils inaugurent le site de la prison des beaumettes.

 

C'est un service du Ministère du Travail, la Main d'Oeuvre Indigène (MOI), qui les encadrera et qui fera le lien avec les industriels pour répondre à leurs besoins économiques. La MOI percevra directement les salaires en contrepartie de quoi elle doit gérer le quotidien au travail et hors travail de ces immigrés de force. Une maigre solde sera reversée aux travailleurs indochinois. Leurs salaires d'Ouvriers Non Spécialisés étaient inférieurs au traitement des ouvriers français. Le patronat profite d'exonérations de cotisations sociales, notamment sur les accidents du travail. Il gardait un bon souvenir des travailleurs indochinois qui étaient déjà venus pendant la première Guerre Mondiale et accueille bien volontiers.

 

Le cas bergeracois. A compter de 1940 jusqu'à la Libération, ils seront plus de 2.400 à venir en Dordogne, et près de 1.800 à travailler à la Poudrerie de Bergerac. Ils sont hébergés dans des baraquements de fortune sur Creysse. Ils ne se mélangent que très peu à la population. Ils souffrent de la faim et il n'est pas rare de les voir essayer de pécher des moules de rivière dans la Dordogne. Ils font du porte à porte en ville pour vendre des petites productions artisanales. A la ferme où ils aident au travaux viticoles, ils sont souvent logés dans les salles basses, souffrant de mauvaises conditions d'hébergement. Après les ponctions du STO, des prisonniers de guerre, ils représentent près de 28 % des effectifs de la Poudrerie en 1943. Les révoltes sont peu fréquentes mais dégénèrent notamment sur le camp d'aviation de Roumanières en février 1945. Un travailleur est tué, 16 autres sont incarcérés à la caserne Chanzy. Localement, ils rejoignent les rangs de la Résistance. En pleine guerre, ils sont près de 250 dans le réseau de Bergerac Ville. Ils seront 900 à la Libération. C'est à cette période qu'ils sont accueillis par la CGT locale qui défend leurs revendications. En 1948, ils étaient près de 700 adhérents. Le journal communiste « Bergerac Libre » n'hésite pas à relayer leurs revendications. Si le service de la MOI est épuré à la Libération, force est de constater la continuité de l'action et la permanence des personnels de ce service entre la 3ème République et le régime de Vichy.

 

Pour la plupart des Bergeracois, et notamment les plus anciens, on ne gardait le souvenir que des annamites. Un voile de pudeur, pour ne pas dire plus; avait été posée sur leurs conditions de vie et de traitement économique. En 2012, il était donc indispensable de réparer cette injustice et de nous permettre de regarder en face notre passé.

 

Venez nombreux découvrir cette exposition et sa conférence :

 

 

Exposition

Les Travailleurs Indochinois

de la Seconde Guerre Mondiale en France et en Dordogne

 

Médiathèque de Bergerac / Espace Bellegarde

du 3 au 21 avril 2012

 

Entrée Libre

 

CONFERENCE

Immigrés de force :

les travailleurs indochinois de la Seconde Guerre Mondiale

présentée par Pierre DAUM

 

Médiathèque de Bergerac / Espace Bellegarde

jeudi 12 avril 2012, 18 h 30

 

 

 

J'ai constitué cet article en consultant, notamment,  les travaux de :

 

Liêm TRAN-NU (LUGUERN), Les travailleurs indochinois en France de 1939 à 1948, mémoire de Maîtrise sous la direction de Philippe Vigier, Université Paris X – Nanterre, UFR d'Histoire, 1987-1988.

 

La photographie d'illustration a été prise dans le camps de 1917, à la poudrerie, pour le nouvel an chinois. Droits réservés.

Publié dans Engagements et humeurs

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Joël Pham 25/03/2012 14:40


Merci à la Ville de Bergerac de se souvenir de ces hommes et de la mémoire de leur passage. Quels autres gestes sont-ils envisagés pour accompagner cette exposition ?


Certains parmi les derniers travailleurs indochinois encore en vie ont été employés à la Poudrerie Nationale, des familles sont encore dans le Bergeracois et quelques-uns de ces hommes y
reposent 


 


 


 

25/03/2012 20:18



Bonjour,



L'idée est de profiter de cette exposition pour essaayer de provoquer des témoignages et que nous puissions avancer sur des lieux de mémoires qui puissent garder trace de cette page de notre
histoire collective.


 



wolff Gérard 24/03/2012 19:12


Très bien informé ton article, car tiré d'un mémoire de maîtrise qui doit beaucoup à la thèse de P. Angeli intitulée: les travailleurs indochinois en France pendant la 2° guerre mondiale_
Université de Droit de Paris- 1946.


Finalement sur les 20 000 travailleurs de notre ex colonie 2000 passèrent en Dordogne . Outre la Poudrerie, un bon nombre d'entre eux furent dirigés vers le Sarladais pour des travaux
agricoles (riz et chanvre).


Il faut savoir que les 160 du camp de Creysse furent transférés de force au camp de Biars par la CRS 123 de Périgueux! et que sur 20 000, 1000 restèrent, 1000 moururent et les autres
repartirent vers leurs villages d'origine.


G. Wolff.

25/03/2012 20:17



Merci Gérard, j'ai gardé une bonne habitude de mon passé universitaire de toujours citer mes sources...