Quand Berlusconi inspirait Sarkozy... 1/2

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pontevecchio

 

Je vous propose aujourd'hui et demain un article en deux parties consacré à l'influence de Silvio Berlusconi sur la campagne de Nicolas Sarkozy. Cette contribution préfigure des réflexions complémentaires sur les mutations de la droite française. Ainsi, l'agitation de la campagne électorale passée, essayons de prendre le temps de la réflexion sur quelques évolutions de la vie politique française.

 

On a beaucoup glosé sur les stratégies de campagne suivies par Nicolas Sarkozy. La presse se passionnait pour les conseillers de l'ombre, à la recherche d'un nouveau Raspoutine qui prenait, dans le cas présent, les traits de Patrick Buisson, ancien rédacteur du journal d'extrême droite Minute. Pour autant, une polémique presque anecdotique aurait du retenir davantage notre attention. Une porte parole de François Hollande avait tenté d'établir un parallèle entre le président sortant et Silvio Berlusconi. Cette critique facile, cette tentative du bon mot ou de la petite phrase étaient rapidement reléguées au rang des incidents  et autres dérapages imputables à une campagne électorale. Sur un terrain exclusivement idéologique, il me semble possible d'avancer l'hypothèse suivant laquelle le Cavaliere fut une source d'inspiration pour la campagne de Nicolas Sarkozy. Nous trouvons des propositions électorales identiques aux politiques menées par le gouvernement italien. Mais nous avons surtout une même posture qui consiste à vouloir se présenter comme le candidat du peuple contre les élites. Chemin faisant, et pour mieux faire oublier ses propres compromissions avec le système médiatique, il y a comme une volonté commune de se victimiser face au traitement des journalistes considérés comme vendus à la gauche. Nous retrouvons l'élite précédemment dénoncée. Enfin, pour mieux mobiliser son propre camp à l'approche des échéances électorales, nous retrouvons une même volonté de jouer sur la peur de l'étranger.

 

Quand le bâtiment va, tout va. Nicolas Sarkozy fut particulièrement hésitant sur la question du logement. Alors que son rival socialiste insistait sur la nécessité d'encadrer les loyers et sur l'encouragement des collectivités à produire plus de logements sociaux, le Président sorti proposait d'offrir aux propriétaires un droit à augmenter leur surface habitable de 30 %. Cette idée, hors sujet pour répondre au déficit du logement et au problème du mal logement, est directement inspirée de Silvio Berlusconi. En mars 2009, le Président du Conseil proposa d'augmenter de 20 % la surface des habitations des Italiens, sans passer par les règles traditionnelles d'urbanisme. Professionnel du bâtiment, Berlusconi entendait donner de nouveaux droits aux propriétaires « dont la famille s'est agrandie (avec) la possibilité d'ajouter une chambre ou deux » (1). Les possibles débouchés pour les affaires de Berlusconi devenaient une source d'inspiration pour un Président français, certes très proche de Martin Bouygues, mais en panne d'inspiration sur la question du logement. L'influence italienne allait se faire plus structurante quant à la posture du candidat Sarkozy.

 

Se présenter comme le candidat du peuple contre les élites. Notre représentation actuelle de Silvio Berlusconi est altérée par les affaires de moeurs et les dérives de son exercice du pouvoir. Il faut pourtant se rappeler qu'au moment  où Nicolas Sarkozy voyait sa popularité décrocher de manière spectaculaire suite à ses débuts de présidence bling-bling, Silvio Berlusconi enregistrait des records de popularité. Fedele Confalonieri confie dans un entretien les secrets de la popularité de son vieil ami Silvio Berlusconi. « Les Italiens apprécient son style. Le style c'est le ruban sur le paquet, et ça compte. Je comprends qu'il ne plaise pas aux intellectuels parce qu'il est naïf, qu'il ne vient pas de la haute, qu'il s'est payé ses études et que pourtant il est le plus riche. Il est la sublimation du bon sens mêlé au génie entrepreneurial. Il parle le langage de ses électeurs »(2). Toute ressemblance avec Nicolas Sarkozy ne serait que purement volontaire. Le journaliste du monde résume alors la pensée de son interlocuteur italien « sa légèreté déplaît aux élites, mais la majorité de ses compatriotes se laissent séduire ».

 

Il n'en fallait pas plus à notre bouillant Président candidat pour sur-jouer cette posture du candidat du peuple contre les élites. Alors qu'il lance officiellement sa campagne lors d'un rassemblement à Marseille le 19 février 2012, il commence par dénoncer « ces corps intermédiaires qui prétendent parler au nom des Français et qui, en réalité, confisquent leur parole ». Et comme un résumé de ce lien de filiation avec Silvio Berlusconi, il ne restait à Nicolas Sarkozy que de préciser « je ne serai pas le canidat d'une petite élite contre le peuple ».

 

Les deux hommes allaient également se retrouver dans la même dénonciation d'une élite médiatique dont ils seraient la victime. Mais cela, je vous propose d'en parler avec vous demain dans le blog-notes. ( ... au point de parler de "Berluscozy" 2/2 )

 

  1. Philippe Ridet, « L'Italie veut confier au privé l'octroi de certains permis de construire », in Le Monde, 13 mars 2009.

  2. Philippe Ridet, « Une histoire italienne », in Le Monde, 20 mai 2009.

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