Pour une nouvelle politique des quartiers.

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BEAUPLAN 2

 

Les évènements d'Amiens, cet été, sont intervenus, dans un contexte où l'actualité s'était ralentie. Notre modèle républicain est fragile. Il ne fonctionne plus dans de nombreux quartiers, faute à un individualisme forcené, à l'égoïsme érigé en mode de survie et à une politique enfermée dans la recherche de solutions exclusivement techniques. Les faits divers comme la voiture qui brûle où l'assassinat ravivent nos fragilités du vivre-ensemble. Beaucoup découvrent qu'il ne suffisait pas de s'attaquer au seul modèle de l'habitat pour produire de la justice sociale et de l'ordre républicain, donner des droits et imposer les devoirs élémentaires. La Politique de la Ville telle qu'elle a été voulue par Jean Louis Borloo n'a pas réussi à rétablir l'égalité des chances sur l'ensemble du territoire national. Elle s'est trop concentrée sur des questions exclusivement techniques d'urbanisme. Pour autant, face à la crise économique, la tentation est grande de vouloir jeter le bébé avec l'eau du bain. En s'engageant à vouloir concentrer les aides de l'Etat par une refonte de la carte des quartiers prioritaires, le gouvernement doit éviter le risque de la dérive de ce que j'appellerai des micro-quartiers, au regard des critères traditionnels de la statistique nationale d'évaluation des politiques publiques. Nous avons à Bergerac, comme partout en France, le risque de voir se développer des sortes de micro-ruptures diffuses de notre pacte républicain. Il y a urgence de prendre en considération la diversité de nos territoires à Bergerac comme dans les grands centres urbains. Pour une nouvelle politique des quartiers, nous devons réinventer l'égalité des chances. Vite, le changement, c'est maintenant.

 

Les petits comptes de la Cour des Comptes. Ainsi, la semaine dernière, je vous faisais part de mes plus grandes inquiétudes quant à la pérennité des financements de l'Agence Nationale de Renouvellement Urbain, au delà de 2013. La publication d'un rapport de la Cour des Comptes de juillet dernier était sans appel. Il manquera plus de 6 milliards d'euros à l'Etat pour pouvoir honorer ses engagement, d'ici la fin de l'année prochaine. Comme souvent, la Cour des Comptes va bien au delà de ses simples jugements et constats. Elle n'hésite pas à tracer des perspectives, voir même à faire des propositions de politiques à suivre. Comme souvent dans de telles circonstances, la logique comptable est implacable. Si l'Etat manque d'argent, il doit cesser de donner à tous et concentrer ses crédits sur les Départements qui en ont le plus besoin. Autrement dit, nous avons de quoi inquiéter lorsque nous vivons dans une sous-préfecture du Sud Ouest, où le PIB / habitant est pourtant plus bas que sur sur le bassin minier de Lens.

 

La tartufferie de l'évitement du saupoudrage des aides. Si je vous rappelle que la Cour des Comptes prend prétexte de l'incapacité future de l'Etat en 2013 à honorer ses engagements, c'est pour mieux en dénoncer la perversion intellectuelle de ses recommandations issues d'un registre exclusivement comptable. Il faut faire mieux avec moins. La lutte contre « le saupoudrage des aides » est engagée, nouvelle formule magique de la technostructure. Mais c'est un peu oublié que la République est le bien de celles et ceux qui n'ont plus rien pour reprendre l'expression de Jean Jaurès. La République doit l'égalité des chances à l'ensemble de ses enfants, indistinctement de leurs origines ou de leurs lieux de vie sur le territoire national. Le saupoudrage des crédits de la Politique de la Ville n'est que le produit de la raréfaction des moyens de l'Etat. Il n'est donc pas un choix politique mais une simple question arithmétique de volumes et de débits. A vouloir « concentrer les moyens là où on en a besoin », c'est prendre le risque de renforcer les fractures territoriales et sociales pour des espaces comme le bergeracois. Ici, on ne brûle pas de voitures. Mais où est la démocratisation de l'accès à la culture sans l'engagement exclusivement municipal. Où est l'égalité des chances ? Serons-nous condamnés à la relégation territoriale ?

 

Alors que faire ? Le fatalisme n'est pas dans mon mode de pensée. Il conviendrait de réfléchir à un nouvel esprit de la décentralisation pour permettre à la Politique de la Ville d'être plus transversale : urbanisme, logement, éducation, santé, culture... Les écarts se sont creusés entres les capitales régionales et les Préfectures, entre les Préfectures et les Sous-préfectures. La politique de la Ville doit être considérée comme une sorte de boite à outils, alimentée par l'Etat, la Région, et le Département dans laquelle les collectivités pourraient venir piocher. Il s'agira sans doute de l'un des enjeux des concertations engagées par le gouvernement, en espérant qu'elles soient ouvertes à tous les territoires et que la force du fait divers ne l'emporte pas sur la nécessaire réflexion à mener sur la mise en oeuvre de la politique de la ville à l'échelle de l'ensemble du territoire de la République.

Publié dans Engagements et humeurs

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flanfant fabienne 23/10/2012 08:24


bravo Fabien !!!!enfin une réalité sur la politique de la ville .100% d'accord avec ses échécs et l'espoir de donner le jour à une vraie politique politique de la ville .


L'élue déléguée à la politique de la ville va   je crois  bIen apprécié ton artile .