Pour la paix dans le Nord Mali

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« A un moment donné la communauté internationale doit prendre ses responsabilités pour le Mali, pour le Sahel. Ce moment est venu ». C’est avec beaucoup de fermeté que le Président de la République est intervenu à la tribune des Nations Unies pour préciser la position de notre pays sur le Sahel. A cette occasion, la France a appelé à la constitution d’une force d’intervention africaine et demandé qu’il y ait « au plus tôt une nouvelle convocation du Conseil de sécurité de façon à ce qu’une résolution (…) permette d’organiser cette force et de la mettre en mouvement le plus rapidement possible. » Pour le Président François Hollande, le message est clair : « négocier avec des groupes terroristes, il ne peut pas en être question », faisant de l’éradication de ces foyers de déstabilisation le préalable au déploiement des opérations de développement. La France souhaite s’engager en priorité dans la lutte contre la crise alimentaire, la pauvreté et la faim qui touche cette région d’Afrique. Cette aide sera conditionnée à l’établissement de l’état de droit au Mali. Petit retour en détails sur la situation dans cette partie du monde.


Mali connection. Parler du Mali nous conduit à évoquer l’histoire d’un pays d’Afrique coupé en deux où, hasard du calendrier médiatique, des rebelles Touaregs se sont emparés, fin mars 2012, de Kidal, Gao et Tombouctou. Le Nord du Mali est aussi grand que la France et la Belgique réunies. Les Touaregs qui y résident se sont souvent révoltés dans cette partie du Mali : en 1962, en 1990 et en 2006. Des accords avec le pouvoir central n’ont jamais été respectés. Cette partie du pays a été délaissée par Bamako. Les retards de développement y sont plus forts. Le pouvoir en place ferme les yeux sur les multiples trafics qui s’y déroulent comme le prix à payer de ses propres manquements. Le Nord du Mali et le Sahel deviennent une escale incontournable pour tous les trafics de haschich, de cigarettes, de médicaments, de contrefaçons et de cocaïne. Les groupuscules islamistes y mettent en place une sorte d’impôt révolutionnaire sur l’ensemble de cette économie parallèle. Le summum de cette impunité est atteint lorsqu’un boeing 727 s’y écrase avec 5 à 6 tonnes de cocaïne à son bord. Les inégalités deviennent à ce point insupportables que le Président Malien Amadou Toumani Touré est destitué par une junte militaire dirigée par le capitaine Sanogo. Les putschistes sont immédiatement condamnés par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest et par Nicolas Sarkozy. Un régime d’embargo est imposé. Mais alors que la junte avait pour objectif de rétablir l’ordre dans le Nord, les militaires commencent leur exercice du pouvoir par la perte totale du contrôle du Nord-Mali.

 

Intolérance et barbarie. A l’époque, certains osent encore nous parler de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de l’objectif de libérer l’Azawad pour désigner cette vaste région du Nord du Mali. Reconnaître l’indépendance de cette partie du pays reviendrait à déstabiliser l’ensemble du continent africain, en brisant le compromis artificiel des frontières territoriales héritées de la décolonisation. La déclaration de l’indépendance de l’Azawad est d’autant plus vouée à l’échec qu’elle pourrait aussi remettre en cause la politique d’endiguement islamiste sur le Nord-Mali menée par les pays frontaliers et notamment par l’Algérie. En cantonnant cette menace dans cette partie du pays, chacun se prémunit du risque de contagion islamiste dont on craint que la présence des populations touaregs nomades et disséminées sur plusieurs états se fasse vecteur de contamination. Pour la plupart d’entre nous, les Touaregs font référence aux mystères et à la magie des hommes en bleu. Ils sont des nomades d’origine berbère et seraient les plus anciens habitants d’Afrique du Nord. Ils pratiquent un islam tolérant et modéré. On a souvent coutume de dire que chez les Touaregs, ce sont les hommes qui sont voilés. Ils jouissent d’un forte identité culturelle et d’une langue commune, le tamahek. La réalité nous conduit à nous confronter aux fondamentalistes religieux emportés par la haine et l’intolérance. Le Mouvement National de Libération de l’Azawad ne résiste plus à l’Armée de la Religion, Ansar Dine, et à sa volonté d’instituer la Charia sur tout le Mali. Ses bandes armées sont composées de jeunes proches d’Al Qaeda Maghreb Islamique (Aqmi). Les lieux saints de Tombouctou sont voués à la démolition et depuis les enfants sont déplacés, les femmes violées et les mains coupées.

 

La France ne peut pas se désintéresser du sort d’une ancienne colonie qui a accédé à l’indépendance en 1960. Le Président de la République tient une ligne courageuse et adaptée pour faire face aux menaces terroristes. Nous devons saluer son courage et sa détermination pour imposer une ligne diplomatique qui tranche singulièrement avec cette capacité d’indignation à géométrie variable des bien-pensants aux chemises blanches entrouvertes et brushing parfait de Saint Germain des Près. Ils se sont bien agités en appelant au renversement brutal du régime libyen. Mais faut-il rappeler que la crise malienne est une des conséquences de cette imprévision dans la gestion des conséquences de l’opération militaire décidée par le président Sarkozy ? Souvenons-nous simplement que Kadhafi achetait le calme des peuplades touaregs, ce qui était une chance pour Bamako de continuer à ne pas se préoccuper du Nord Mali. En contre partie, Kadhafi y puisait d’un vivier pour alimenter son armée de mercenaires. Une fois le régime tombé, les colonnes touaregs sont rentrées au pays avec la vive intention de devenir maître de chez elles. Cela, Nicolas Sarkozy et ses amis philosophes ne s’en souciaient pas, trop préoccupés à jeter de l’huile sur le feu dans la guerre civile en Syrie.

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