Le patrimoine : un enjeu d'avenir.

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Ruet3Troisième et avant dernière partie de notre entretien avec Jean Philippe Brial pour la revue semestrielle l'Avenir du Passé, dans le cadre du deuxième numéro de la revue. Après la tentative de définition du patrimoine et la nécessité de sa mise au pluriel, après les exemples de réalisations destinées à valoriser le patrimoine, nous abordons aujourd'hui le nécessaire travail de prospective en la matière. Alors que la poudrerie nous interroge quant à son avenir, il est nécessaire de travailler sur la mémoire ouvrière de la ville. Retour également sur le projet d'aménagement de la place Barbacane. Nous en profiterons pour faire un retour en arrière sur la campagne de fouilles archéologiques menée sur place. Je vous rappelle que le nouveau numéro de la revue est disponible.

 

 

L'Avenir Du Passé : L'aménagement d'une partie du site de la poudrerie en « pôle de mémoire ouvrière » semble retenir votre attention. Quel en est le contenu ?

 

Fabien RUET : Face à la mutation du site et des activités de la poudrerie, nous avons souhaité que sa mémoire ouvrière ne soit pas perdue. A cet effet, le maire désire qu'en parallèle au travail engagé sur la valorisation économique du site un effort de travail de mémoire soit réalisé autour de ce grand passé industriel. Nous ne devons pas tomber dans le piège réducteur des historiens contemporains qui réduiraient la Poudrerie à une simple parenthèse industrielle de la Ville. Nous souhaitons que le Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine puisse impérativement accueillir une salle consacrée à cette mémoire ouvrière.

 

De la même manière, sur les terrains de Saint-Lizier notamment, il était indispensable que le site garde une trace de la présence passée de la poudrerie. Dominique Rousseau s'est personnellement engagé sur ce point en demandant que, sur les terrains acquis par le Département et la Communauté de Communes, des vestiges industriels puissent être conservés et valorisés. De manière plus symbolique, nous avons souhaité en Conseil Municipal que le prolongement du boulevard Charles Garaud, à partir de l'intersection avec l'allée des grands ducs et dans la direction de Lalinde, soit dénommé Boulevard des poudriers. C'est une juste reconnaissance du travail accompli par celles et ceux qui ont consacré une bonne partie de leur vie à la défense nationale. Sans la poudrerie, Bergerac n'aurait jamais connu le développement économique qui a été le sien au XXème siècle.

 

Nous ne devons pas oublier non plus que la Poudrerie nous offre un condensé de notre histoire contemporaine : les prisonniers allemands de la première guerre mondiale, les bombardements canadiens lors de la seconde, la France coloniale et les contingents de travailleurs asiatiques.

 

ADP : Sous l'accroche « Horizon 2020 », vous avez présenté lors de la dernière Foire Exposition en 2010, un projet d'aménagement de la place Barbacane et de la rive gauche dans l'ancien port des graviers. Rêve ou réalité ?

 

FR : Il s'agit évidemment d'une réalité et le fait d'évoquer le rêve démontre qu'il s'agit d'un projet fédérateur et mobilisateur. Il est devenu le symbole de l'ambition retrouvée par notre Ville et accompagne bon nombre de documents de communication de la municipalité.

 

La prospérité et le rayonnement de Bergerac sont étroitement liés à sa rivière. Notre Ville s'est développée sur deux rives qu'il y a lieu de rapprocher. La Place Barbacane représente un site historique majeur : c'est le point de départ de la guerre de Cent Ans. Je regrette d'ailleurs que ce point ne soit pas suffisamment exploité et expliqué. Au regard de nos liens actuels avec la Grande Bretagne, nous avons une piste intéressante à exploiter du point de vue du devoir de mémoire.

 

Dès notre arrivée aux responsabilités, et après les provocations de l'ancien maire sur l'archéologie, nous avons voulu donner un signe fort quant à cette profession indispensable pour connaître le passé. L'idée était de ne pas vivre l'archéologie préventive comme une contrainte, mais comme un atout. Dans notre programme électoral, figurait l'engagement de faire évoluer la place Barbacane en théâtre de plein air. Pour donner plus de force et de cohérence à notre projet, il nous a semblé nécessaire de mener une campagne de restauration de la culée de l'ancien pont et de retrouver trace de l'ancienne rampe conduisant au port des graviers. Nous avons ainsi retrouvé les soubassements de la Barbacane ainsi que la rampe qui menait à la Dordogne.


De la confrontation entre nos engagements électoraux et des résultats de la campagne archéologique, nous avons pu mobiliser nos équipes techniques pour réaliser une étude chiffrée et complète destinée à la re-qualification d'un linéaire de 850 mètres, composé de la place Barbacane et du square Marcel Guichard ; il s'agit d'un investissement d'un million d'euros et d'une véritable reconquête des rives de notre Dordogne, pour une opération pluriannuelle. A suivre donc,...

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