L’injustifiable ni-ni de l’UMP

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Au soir du 21 avril 2002, après l’élimination de Lionel Jospin, je me suis décidé à voter pour Jacques Chirac parce qu’il me semblait que la question de l’incompatibilité du Front National avec notre modèle républicain devait l’emporter sur toute autre considération. Malgré ce sens des responsabilités, beaucoup de nos camarades et amis se questionnaient déjà sur l’attitude de la droite en cas de duel entre l’extrême droite et le Parti Socialiste. Je me souviens que pendant cette campagne de l’entre deux tours, aux côtés de François Hollande, nous avions l’impression d’être les seuls à nous mobiliser sur le terrain pour endiguer le score de Jean Marie Le Pen. 10 ans après, la réponse sur la question de la réciprocité nous a été apportée par l’UMP avec sa ligne du ni-ni : ni Parti Socialiste, ni Front National. Ce scandaleux positionnement préfigure une possible recomposition de la droite où l’UMP peut y perdre son âme et en faire payer le prix à notre démocratie.

 

« La drague lourdingue des électeurs du Front National ».Cette dernière expression fut employée par Marine Le Pen pour qualifier l’attitude de Nicolas Sarkozy tout au long de l’élection présidentielle. Cette stratégie vient de franchir un nouveau palier durant cette période de l’entre-deux tours des élections législatives. Nadine Morano, dans son sens si particulier de la mesure, est dans une situation de ballotage difficile. Elle en appelle officiellement aux électeurs du Front National pour lui permettre de gagner face à la candidature socialiste. Dans d’autres circonscriptions, il semble qu’un autre type de réciprocité soit en vigueur. Il en est ainsi du retrait de l'UMP pour faire battre le socialiste Michel Vauzelle par le Front National. En Bergeracois, le candidat du Front National a tenu à faire savoir qu’il voterait pour le candidat UMP, Dominique Mortemousque.

 

Placer le Front National au cœur du jeu politique à droite.Tout se passe aujourd’hui comme si le Front National était devenu l’arbitre de ces élections législatives, alors même qu’il enregistre une régression de ses scores au regard de ses performances aux élections présidentielles. Hier soir, devant ma télévision, je ne pouvais pas m’empêcher de partager l’agacement de Pierre Laurent, premier secrétaire du Parti Communiste, invité de l’émission Mots Croisés. Les vingt premières minutes de ce magazine consacré à la future majorité de François Hollande furent orientées vers la question exclusive du Front National. Un sondage, opportunément publié en début de semaine, indiquait que 66 % des électeurs de l’UMP souhaitent un désistement réciproque entre les candidats du Front National et de l’UMP. A quelques mois du futur congrès de l’ancien parti présidentiel, aucun aspirant à la présidence de ce parti ne peut ignorer cette dérive opportuniste et droitière des militants. La ligne officielle de l’UMP, quant à l’attitude à adopter face au Front National, s’explique mieux.

 

L’indignité du ni-ni de l’UMP.Conscient que le prochain congrès de l’UMP se jouera sur une ligne ultra droitière de ses militants encore galvanisés par les dérives du Président sorti, le bureau politique de ce parti a choisi de transgresser les frontières de notre famille républicaine et humaniste. Les digues soigneusement établies par Jacques Chirac sautent les unes après les autres. A croire que les blagues de fin de banquet sur le bruit et les odeurs sont devenues la ligne politique du moment . Michel Noir, l’ancien maire de Lyon, avait coutume de dire qu’il vaut mieux perdre une élection que de perdre son âme. Le post sarkozysme a ouvert la voie à une droite sans foi ni loi, sans repères idéologiques, portée par la seule obsession de la performance politique à tout prix. En établissant un parallèle entre les alliances possible entre l’UMP et le Front National et celles entre le Front de Gauche et le Parti socialiste, Jean François Copé semble oublier le passé réciproque de chacun au sein du Conseil National de la Résistance. En affirmant qu’il n’y a aucune valeur commune entre le Parti socialiste et l’UMP, Christian Estrosi assume une prise de position qui témoigne désormais d’une droite renouant avec ses vieux démons de la troisième République finissante.

 

Nous assistons à une accélération brutale de l’effacement des frontières idéologiques entre le Front National et la droite parlementaire. Nicolas Sarkozy peut se délecter du paysage politique qu’il laisse derrière lui. Dans de futures chroniques de notre blog-notes, nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur sa stratégie électorale. Ce faisant, les calculs de l’UMP sont portés exclusivement par des logiques de très court terme. La stratégie du parti unique à droite a bien fonctionné pour permettre l’élection de 2007. Confrontée à l’épreuve du pouvoir, la droite sortie tente par tous les moyens d’éviter la sanction. Elle imagine profiter de son leadership numérique à droite pour pouvoir en appeler aux électeurs du Front National. C’est prendre le risque de se déshonorer. C’est surtout faire courir le danger à notre démocratie d’un baiser mortel à Marine Le Pen tant cette dernière aspire à une recomposition complète de la droite autour de sa personne. Mais sur cela aussi, nous y reviendrons dans une prochaine chronique.

Publié dans Parti Socialiste

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