L'aiguière copte de Bergerac

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Jeudi soir, pour conclure la séance du Conseil municipal, nous avons présenté cette magnifique aiguière de type « copte » du VIIe siècle, dont nous venons de faire l’acquisition pour le musée de la Ville. L’aiguière, comme les racines étymologiques nous l’indiquent, est un vase destiné à contenir et à verser de l’eau. En devenant propriété de la Ville de Bergerac, il devient, de facto, l’un des objets les plus précieux, du point de vue scientifique, de nos collections. Il sera ainsi une des pièces maîtresses des futures collections de notre Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine, dans le cadre de notre labellisation Ville d’Art et d’Histoire, et sera donc largement accessible au public. Dès l’été prochain, nous pourrons admirer l’aiguière dans le nouvel aménagement du rez-de-chaussée de notre ancien musée du vin et de la batellerie.

 

Une découverte en Bergeracois. Avec le VIIe siècle, ce vase en bronze nous confronte à la période peu connue du Mérovingien. Les conditions de sa découverte sont tout à fait singulières puisqu’il fut trouvé il y a une quarantaine d'années dans le lit de la rivière Dordogne, au lieu-dit Russel (à la limite de la commune de Bergerac et de Lamonzie-Saint-Martin). Il était, jusqu’à présent, la propriété d'un particulier qui projetait de le vendre. Conformément aux procédures classiques en matière d’acquisition d’œuvres, nous avons pu nous mettre d’accord. Ce vase figure officiellement dans le répertoire des découvertes qui sont consignées dans la Carte archéologique de la Gaule.

 

Un objet rare. Comme je vous l’indiquais en introduction, cet objet est fort rare et possède une grande valeur scientifique. Ce petit vase en bronze moulé, d’une hauteur de 19,5 cm, de par sa forme et son mode de fabrication, appartient à la série des aiguières dites « coptes ». Les exemplaires connus sont datés du VIIe siècle et se retrouvent comme objets précieux dans les tombes lombardes de l'Italie du nord, des cimetières alémaniques ou de l'Espagne wisigothique. Celle que nous pouvons désormais appeler « l'aiguière de Bergerac » se rapproche de trois autres vases du même type qui ont été découverts dans les régions de Toulouse et d’Albi, ce qui témoigne de sa rareté.Si la datation de ce vase est désormais bien établie, il faut maintenant se pencher sur les origines géographiques exactes de l’objet. C’est l’essence même de l’intérêt scientifique de « l’aiguière de Bergerac ». La production de ce type de vase peut être attribuée à l'Égypte copte, à des ateliers italo-byzantin travaillant d'après des modèles coptes, ou à des ateliers du bassin du Bosphore.

 

Un grand intérêt scientifique. Aujourd’hui répondre à cette question des origines d’un objet de luxe et d'origine méditerranéenne nous amène à apporter de nouveaux éclairages scientifiques quant à l’importance commerciale de notre vallée fluviale au Haut Moyen Âge et sur le dévoilement d’une réalité très ouverte de l’Europe de cette époque sur le bassin méditerranéen. En se référant aux travaux des plus éminents historiens contemporains spécialistes de cette période, nous sommes invités à appréhender la présence de ce vase à Bergerac comme la preuve potentielle de l’existence d’échanges commerciaux à longue distance dans l'espace de l'Europe du VIIe siècle. Cette histoire ne peut être appréhendée que par la découverte d’objets, faute de textes de cette époque qui demeure encore largement obscure. C’est ainsi que la découverte de l'aiguière de Bergerac rajoute une donnée nouvelle, en confirmant le maintien à cette époque d'une circulation entre le monde méditerranéen et notre région. Par ailleurs, dans l'organisation des échanges, c’est une nouvelle fois l'importance du rôle joué par notre rivière Dordogne qui est ainsi démontrée, à l’échelle du grand Sud-Ouest.

 

Vous l’aurez compris, cette aiguière de Bergerac est une pièce archéologique de grande valeur qui permet de croiser l’histoire locale à celle de l’Europe.

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Wolff 29/04/2013 15:26

En voici une qu'elle est pas mal cette pièce de musée en métal et elle sera l'acquamanille copte (du latin arqua ou aiguière due l'occitan aîgues) l a plus célèbre de Dordogne( à preuve du contraire). Comment la Ville de Bergerac a-t-elle pu l’acquérir et à quel prix? Cela intéresse tous les amateurs d'antiquités dont je fait partie.
Merci d'une réponse.
Gérard Wolff.

Loisele 29/04/2013 09:34

Bonjour,
C'est une très grande nouvelle qui prouve une fois encore que la rivière était un centre d'échanges et de passages et nul ne doute que ce sera le fleuron de la collection de la ville, nous ne manquerons pas de revenir vers vous afin de pouvoir en mettre qq lignes sur le blog de la rivièreespérance et ainsi apprendre à nos lecteurs de quels richesses la ville est fière.