Grèce et Allemagne : les bons comptes font les bons amis

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Dans la gestion de la dette grecque, la posture de l’Allemagne fut souvent décriée. Le fameux modèle allemand conduit une partie de la Droite dans ce pays à se comporter avec une certaine arrogance. L’image du pays s’en retrouvera écornée, sur un continent qui flirte parfois avec la germanophobie. Il n’est pas acceptable que l’Allemagne puisse être soupçonnable de mépris à l’égard d’un pays du Sud de l’Europe. Il est nécessaire de faire comprendre à Angela Merkel que la construction européenne passera nécessairement par plus de fédéralisme et d’intégration. La solidarité européenne est un enjeu primordial et elle ne déresponsabilisera pas les Etats pour autant. La classe politique grecque a une responsabilité énorme dans la présente crise. L’outrance de certaines prises de position du ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble implique aussi de rappeler certaines vérités à l’Allemagne, fussent-elles désagréables. Comment ce ministre allemand en est-il arrivé à émettre le souhait de l’envoi d’un commissaire à Athènes pour surveiller la gestion du budget Grec. Cette présente intransigeance tranche singulièrement avec des accointances passées mais aussi avec les responsabilités allemandes au regard de l’histoire. Retour sur une mémoire un peu trop sélective quant à des responsabilités passées.

 

La folie des grandeurs des Jeux Olympiques. Contrairement à beaucoup de peuples européens, les Grecs n’ont pas sombré dans la remise en cause de l’Europe pour expliquer leurs difficultés. Dans une étude récente menée par la revue Ethnos, 82 % des Grecs imputent la responsabilité de la crise à leur classe politique nationale. Un exemple est particulièrement éclairant des dépenses excessives engagées par ce pays de 11 millions d’habitants et qui représente à peine 2 % du PIB de la zone euro. Les Jeux Olympiques de 2004 devaient marquer le retour de cette manifestation dans son foyer antique et servir de vitrine à un gouvernement grec soucieux de respectabilité européenne depuis son arrimage à la zone euro. L’Allemagne n’avait pas d’yeux assez doux pour amadouer ce débouché potentiel à son industrie. Plus de 9 milliards d’euros furent investis par le gouvernement grec comme autant de dépenses déraisonnables. Alors que le déficit public du pays avait connu une baisse depuis 1999, ce dernier augmentait à plus de 7,5 % du PIB en 2004. Les finances publiques plongeaient et le gouvernement de droite faisait le choix de cacher une partie de ses dettes, jusqu’à l’arrivée au pouvoir des socialistes Grecs. Le pays n’a jamais profité des retombées des Jeux puisque même en 2005, le pays n’a pas connu de relance de son tourisme. Quant aux travaux des jeux, ils avaient fait l’objet de vraies tractations diplomatiques pour l’attribution des marchés.

 

Le scandale Siemens. A l’époque, rien n’était trop beau aux yeux de la classe politique allemande pour flatter l’égo de ses homologues grecs. Il fallait trouver des débouchés à l’industrie d’Outre Rhin. Ce sont plus de 2 milliards d’euros de pots de vin qui auraient été versés par l’entreprise allemande Siemens selon une enquête parlementaire. L’entreprise était parvenue à obtenir des contrats avec l’opérateur grec de télécommunications OTE. Elle participait à un système de sécurité destiné exclusivement aux Jeux Olympiques. Le gouvernement Merkel, si prompt à réclamer de la rigueur dans la gestion grecque de la crise, se montre beaucoup moins enclin à répondre aux sollicitations venues d’Athènes. Alors que la justice grecque a émis deux mandats d’arrêts internationaux contre des cadres de la compagnie Siemens, la Haute Cour constitutionnelle de Munich refuse l’extradition au motif que les accusés n’auraient pas un procès équitable. Toujours cette commisération à l’égard des pays du Sud.

 

La dette de l’Histoire. Il n’en demeure pas moins que l’honnêteté intellectuelle vis-à-vis de l’Allemagne implique aussi de rappeler un certain passif qui n’a toujours pas été soldé. Une attitude moins intransigeante du gouvernement Merkel permettrait sans doute d’apaiser des blessures qui tardent à se refermer. En envahissant la Grèce, Adolf Hitler avait exigé du trésor grec qu’il prête de l’argent au Reich. Cette somme n’a jamais été remboursée et représente aujourd’hui entre 50 et 100 milliards d’euros suivant les hypothèses. La Grèce n’a jamais oublié cette créance. L’Allemagne devait faire des efforts afin de dédommager le pays pour le préjudice subi suite à la conclusion des accords de Londres en 1953. Mais à ce jour, ni la République Fédérale Allemande ni l’Allemagne réunifiée n’ont accepté de rembourser cette dette de l’histoire. Aujourd’hui, le remboursement de l’emprunt nazi est devenu un sujet de cristallisation entre les deux pays faute d’avoir avancer sur l’Europe politique.

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gerard Wolff 29/02/2012 17:52


Exact, la Grèce a voulu les JO de 2004 (et pas seulement que ses dirigeants, car je connais des grecs de condition modeste qui m'avaient dit leur joie de voir le Jeux enfin de retour
au pays inventeur!...


Si les grecs pensent comme Ethnos le certifie que 82% d'entre eux disent que la crise est de la faute à leur classe dirigeante, pourquoi ont-ils élus ces dirigeants (c'est quand même
mieux que les colonels!). Je m'entretiens régulièrement avec des copains grecs socialistes qui me disent eux_mêmes que le pays s'est trop porté sur le tourisme qui est, comme je le pense un
substrat plus que fragile à l'économie.


Exact que les allemands ont "oublié" de régler à la Grèce leur dette de guerre alors que les autres pays occupés (France, Belgique, Autriche, Pologne... le sont depuis belle lurette.
D'accord avec toi pour le scandale SIEMENS aussi.


Je connais des allemands qui me disent régulièrement "Angela nous fait rire et vos journalistes et politiques aussi de penser qu'en Allemagne tout va pour le mieux dans le
meilleur des mondes! Merkel la chance de diriger une fédération de Lands qui paient eux-même leurs enseignants, leurs policiers,.... leurs services sociaux... Par contre nous
avons, au plan industriel de très nombreuses PME qui savent bien vendre à l'étranger, vous avez des PME qui ne savent pas bien se vendre à part pour le vin!!!


Ne tapons pas trop sur le dos de nos voisins d'outre- Rhin qui en ont pris plein la tête avec Hitler, les nazis,...et ce pendant longtemps.


Gérard Wolff, militant socialiste du Bergeracois.

stéphane 29/02/2012 09:15


Salut Fabien,


Pas mal du tout de remettre tout ça en perspective ! ce cher modèle allemand a du plomb dans l'aile, à tous les niveaux.


A plus.


Stéphane