Et si l'Espagne sombrait ?

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Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol, veut être le bon élève de la politique d'austérité réclamée en Europe comme seul horizon du projet de traité d'union budgétaire. Face à une Union Européenne incapable d'envisager toute autre politique que celle du contrôle du respect de l'orthodoxie budgétaire par les gouvernements nationaux, face à l'impossible appel au renflouement européen de l'économie espagnole au risque de renforcer la crise bancaire, le gouvernement espagnol semble conduire le pays vers la catastrophe en plongeant le pays dans le seul horizon des politiques d'austérité. Chronique après chronique nous nous efforçons de dénoncer l'impasse de cette politique pour mieux en appeler à une nouvelle étape de construction européenne. Je vous rappelle qu'une politique d'austérité doit avoir pour objectif la contraction de la dette publique comme unique préalable au retour de la croissance économique. Elle se traduit exclusivement par une réduction des dépenses de l’État afin de permettre un retour de confiance du système bancaire. En parallèle, une politique de libéralisation du marché du travail doit être menée pour que le facteur humain devienne une variable d'ajustement de la compétitivité économique. Conduit en catastrophe à nationaliser Bankia, quatrième établissement bancaire du pays, Mariano Rajoy est incapable d'endiguer la crise. Il lui reste comme espoir de voir François Hollande parvenir à l'ajout d'un volet de croissance au traité d'union budgétaire. Plus personne ne peut prendre le risque de voir sombrer l'Espagne.

 

La jeunesse victime de l'austérité. Le gouvernement espagnol a choisi de privilégier les procédures de licenciement comme preuve de sa bonne volonté dans l'application de la libéralisation du marché du travail. Rajoy l'avoue sans complexe : « Nous faisons nos devoirs en bon élève ». C'est la deuxième composante de notre définition de la politique d'austérité. Ce fut sa première mesure alors même que le système bancaire du pays était déjà plombé par des actifs immobiliers toxiques. La simplification des procédures du licenciement, se traduisant par une baisse de son coût, entraîne déjà une multiplication des plans sociaux. 150.000 personnes ont déjà perdu leur emploi suite à la mise en place de cette politique. Les jeunes sont les premières victimes avec un taux de chômage qui dépasse déjà la barre des 50 %, alors qu'ils sont les plus diplômés, les mieux formés et les plus mal payés de l'histoire contemporaine de l'Espagne. 55 % des moins de 34 ans sont contraints de vivre encore chez leurs parents, un comble dans un pays où la bulle spéculative immobilière se traduit par une offre démesurée de logements.

 

La récession économique et la régression sociale comme seul avenir. La politique d'austérité en Espagne est un résumé de l'impasse européenne dans laquelle nous conduit l'Union Européenne si nous nous contentons du seul traité d'union budgétaire, sans le doter d'un volet de croissance. L'économie espagnole s'enfonce dans la récession économique, après six mois de croissance négative dans le pays. La politique d'austérité sape le pouvoir d'achat des Espagnols et prive les entreprises de soutiens économiques de l’État ou des collectivités. Les Communautés Autonomes devront réduire leurs déficits de 2 %. Les ministères diminueront de 17 % leurs budgets. La chasse à la fraude fiscale est ouverte pour récupérer 8 milliards d'euros. Le nombre de professeurs est réduit. 4.800 personnes se sont retrouvées au chômage. Le nombre d'élèves par classe augmente de 30 à 45 élèves. Les frais d'inscription à l'université ont augmenté. Les plus modestes sont victimes de cette politique. Les retraités doivent payer plus pour leurs médicaments. Le prix de l'électricité augmente de 7 % et celui du gaz de 5 %.

 

La politique d'austérité ruinée par Bankia. La politique d'austérité espagnole s'est traduite par un programme de 27,3 milliards d'euros de réduction des dépenses publiques. Ce faisant, le pays s'enfonce dans la crise en raison d'une grande vulnérabilité de son système bancaire. La croissance espagnole a été portée par le développement du marché immobilier qui a sombré dans la spéculation. Les banques espagnoles sont contaminées par la détention d'actifs nocifs à hauteur de 184 milliards d'euros sur un total de 304 milliards de crédits. Bankia en détient pour près de 40 milliards et s'est avérée incapable de faire face à ses créanciers. En injectant plus de 23 milliards dans cette banque, le gouvernement espagnol a fini par ruiner les économies que devait susciter la politique d'austérité. Il ne dispose plus de marges de manœuvres pour intervenir à nouveau si d'autres banques venaient à sombrer.

 

Mariano Rajoy, avant la crise de Bankia, avait osé une métaphore hasardeuse pour qualifier sa politique : « la chimiothérapie peut faire mal en début de traitement du cancer. Mais à moyen terme ça guérit ». Il oubliait que ce type de traitement peut tuer le patient. En continuant d'appliquer aveuglément la politique d'austérité, le gouvernement espagnol conduit le pays à « un cercle vicieux qui aggrave la crise à tous les niveaux », pour reprendre les termes de l'analyse de l'économiste Sara Balina. L’Espagne ne peut plus avoir pour seul objectif de se borner à appliquer une politique de rigueur déjà annihilée par la recapitalisation de ses banques. Le contexte espagnol justifie la nécessité d'avoir une politique européenne de croissance structurante à l'échelle du continent et capable d'enrayer la crise. Nous avons besoin d'une nouvelle étape de construction et d'intégration européenne. L’Europe politique doit voir le jour pour que nous nous dotions des politiques économiques et sociales adaptées aux aspirations des peuples européens. Faute d'un volet de croissance européenne, nous ne pouvons plus exclure le naufrage de la quatrième économie de l'Union Européenne.

 

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