De la nécessité de restaurer le rêve européen

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Le sommet européen du 30 janvier dernier nous livre un éclairage complémentaire sur l’analyse que nous menons ensemble, depuis quelques chroniques, sur le déni démocratique en vigueur dans la sphère de décision européenne. L’obsession de la rigueur budgétaire et les mesures d’austérité sont payées par les peuples européens. Le nouveau traité d’union budgétaire adopté lundi n’y change rien. C’est pourquoi la volonté de François Hollande de réviser ce nouveau document est indispensable pour replacer la politique dans un processus où seule la finance semble vouloir dicter ses choix. Et si la priorité à la jeunesse contenue dans notre projet politique impliquait de ré-enchanter le rêve européen ?

 

L’impunité européenne quant aux reculs démocratiques

 

L’Europe de la finance l’a emporté sur le grand rêve démocratique d’un continent uni pour ne plus revivre les drames de la seconde guerre mondiale. Souvenons-nous de cette stupeur des dirigeants européens face à la perspective d’une possible consultation populaire des grecs sur les plans de rigueur imposés.

 

Quelques mois plus tard, rien n’est réglé malgré la mise en place d’un nouveau gouvernement répondant aux critères idéologiques de performance économique. Pour la première fois depuis la chute des colonels, l’extrême droite participe au gouvernement grec destiné à obtenir l’assentiment des marchés. Quatre membres du L.A.O.S. (Rassemblement Populaire Orthodoxe) sont entrés dans le gouvernement du banquier Loukas Papademos. Ce parti n’hésite pas à attaquer verbalement les immigrés, les juifs et les francs-maçons. Ultra libéral, il a le soutien de nombreux membres du patronat grec parce qu’il défend les mesures d’austérité voulues par Bruxelles. Dans ces conditions, les atteintes à la démocratie ne sont pas une préoccupation européenne. Le traitement des dérives du gouvernement hongrois en témoigne. Rien ne semble vouloir écarter l’Union Européenne de son seul souci en matière de fondamentalisme budgétaire. Les Etats membres peuvent faire reculer l’état de droit, la liberté de la presse, il n’y aura pas de sanctions. L’Union européenne se borne à surveiller la concurrence libre et non faussée et à optimiser le potentiel de prospérité de la finance.

 

Le protectorat néocolonial grec ?

 

C’est parce que la Hongrie a tenté de remettre en cause l’indépendance de sa banque centrale que la Commission européenne l’a menacée de possibles procédures de sanction. Parce que la Grèce ne parvient pas à mettre en œuvre ses mesures de privatisation du service public et de réduction du nombre de ses fonctionnaires, le sommet européen de lundi dernier a encore franchi une étape dans le déni démocratique. L’Allemagne, modèle de notre Président de la République, en est venue à proposer l’envoi d’un commissaire pour prendre le contrôle du budget Grec. Au nom de la rigueur économique, nous en viendrions à instaurer une sorte de régime néocolonial revu et corrigé par la Commission européenne et de type protectorat. Il était hors de question qu’Athènes perturbe la belle unité européenne autour de l’union budgétaire comme Londres avait décidé en décembre de ne pas suivre la voie proposée de la révision des traités par Angela Sarkozy et Nicolas Merkel.

 

Le traité de l’austérité.

 

Bien anticipée par rapport au sommet européen de lundi, l’émergence dans le débat présidentiel de la condition socialiste d’une orientation en faveur de la croissance bouscule les lignes. Le débat entre Alain Juppé et François Hollande a tenu toutes ses promesses, à cet égard. Le candidat socialiste s’est engagé avec fermeté à réviser un traité qui ne prétendrait qu’à la seule rigueur budgétaire. François Hollande réclame une politique européenne en faveur de la croissance économique, faute de quoi il ne sentirait pas lié par cette seule union budgétaire. Le ministre des affaires étrangères priait ses grands dieux pour justifier que le traité de lundi dernier serait un outil européen en faveur du développement économique. Cette semaine la réalité est cruelle. Le texte adopté se borne à un engagement collectif des Etats à respecter la discipline budgétaire telle qu’elle a été prévue par le pacte de stabilité. Nous sommes bien loin de mesures permettant « d’accroître le potentiel de croissance » pour reprendre les propos du Président socialiste du Parlement Européen Martin Schulz. Pierre Moscovici résume le nouveau traité comme : « marqué par une obsession de la discipline budgétaire qui aggravera l’austérité et la récession. Il fait l’impasse sur les impératifs de la croissance, de la solidarité, de la lutte contre les risques financiers, mais aussi du contrôle démocratique des décisions européennes ».

 

Ré-enchanter le rêve européen.

 

Pour que l’Union Européenne renoue avec son destin de grande communauté de vies qui aurait surmonté ses divisions passées et historiques, il est indispensable de ré-enchanter le rêve européen. J’appartiens à une génération qui n’a pas connu les horreurs de la seconde guerre mondiale, qui n’a pas versé le prix du sang pour la préservation de nos empires coloniaux. Je suis né avec le second choc pétrolier, avec la fin de la promesse de l’emploi à vie et la perspective récurrente de la crise économique. L’Union européenne est un héritage que nous avons reçu et qui nous permet de nous sentir profondément européens, sans avoir le besoin de nous poser des questions d’identité. Pour autant, force est de constater que le rêve européen est en panne. Cette Europe des marchands et des financiers ne nous fait pas rêver alors que l’idéal européen devrait nous mobiliser. Pour inverser cette tendance, il est indispensable de mettre en œuvre une Europe des projets. S’il est élu, François Hollande agira en faveur d’un traité renégocié pour que l’Europe puisse être le moteur d’un modèle de développement à l’échelle de notre continent. Il conviendra alors de réorienter les instruments de la Banque Européenne d’investissement, de mettre en place des ressources nouvelles comme la taxe sur les transactions financières et d’établir la taxe carbone aux frontières. Ces ressources indolores pour les peuples européens seront à la disposition du financement de projets d’infrastructures, de recherche et de développement pour bâtir ensemble un futur commun.

 

Ne nous laissons pas confisquer le débat européen. Contrairement aux allégations du Président sortant, il est toujours possible de renégocier ce traité puisque jusqu’à nouvel ordre, il ne sera pas ratifié avant l’élection présidentielle.

 

 

Lire aussi dans le Blog-Notes :

 

·         Crise européenne : le grand déni démocratique (14 novembre 2011)

·         Belgique : la fin du triple A exclu le dialogue social (26 décembre 2011)

·         Hongrie : l’indignation tardive de l’Union Européenne (5 janvier 2012)

 

 

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