De la casse du logement social par Nicolas Sarkozy.

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Logement social copie

 

Je n’ai pas trop l’habitude des billets d’humeur qui consistent davantage à subir l’actualité plutôt que d’entretenir avec elle un regard suffisamment distancié. Il faut savoir résister aux sirènes de l’idéologie du fait du jour, liées au rythme effréné du traitement de l’information par les médias de masse. Mais là, il faut bien dire que la visite de Nicolas Sarkozy aux Restos du cœur, le 22 décembre dernier, me dérange. Les stratèges de la communication politique jouent avec l’indécence. Que l’homme du dîner au Fouquet’s et des vacances de milliardaires attende les dernières fêtes de fin d’année de son mandat pour se rendre dans un espace dédié à la solidarité est déjà une provocation. Par l'amoralité politique en vigueur au sommet de l’Etat, le Président en a profité pour dénoncer les occupations indues des Habitations à Loyers Modérés. Ce fantasme présidentiel s’inscrit dans une pré –campagne électorale où la surenchère poujadiste tient lieu de ligne politique. Après la dénonciation des fraudeurs aux prestations sociales (en oubliant de préciser que l’essentiel de la fraude émane des Chefs d’Entreprises), la politique UMP poursuit dans sa casse des fragiles équilibres du logement social. En affabulant sur la présence de « gens qui ne devraient pas y être » et en prétextant d’une mauvaise rotation des locataires au sein du parc social, le Président de la République poursuit dans cette politique de mépris sociale. N’y voyez pas vanité que de m’appuyer sur une petite expérience d’adjoint au logement, pour essayer de rappeler quelques vérités.

 

« On ne peut pas passer toute sa vie dans un logement qu’on a obtenu à l’âge de 30 ans ». A en croire le Président de la République, le logement social hébergerait des nantis et des profiteurs puisque « le turnover dans les logements sociaux ne fonctionne pas ». Nous ne pouvons que regretter une telle méconnaissance. Il faut dire que l'approche présidentielle du sujet est sans doute inspirée  par son entourage faute d’une expérience personnelle en la matière. Sa précédente carrière de maire de Neuilly lui a seulement permis d’ignorer et de contourner la loi de Solidarité et de Renouvellement Urbain qui impose aux communes de plus de 3.500 habitants un taux de 20 % de logements sociaux. Dès lors, en avouant « il faut refonder notre politique du logement, ça ne va pas », nous pourrions penser qu’un tel aveu d’échec équivaut, au mieux, à la présentation d’excuses. La réalité est bien plus cynique.

 

La réussite du parcours résidentiel dans le logement social se solde par l’accession à la propriété ou la stabilité d’un logement adapté à ses besoins et à ses moyens. Le logement social suppose un équilibre de population puisque 60 % des français y sont éligibles et que ce taux est de plus de 80 % à Bergerac. C’est proposer à la location une diversité de produits immobiliers aux loyers accessibles et répondant aux typologies des familles. C’est aussi accepter un choix de vie qui consiste à ne pas croire en ce « rêve » d’une France de petits propriétaires. A la veille de perdre notre triple A, il est parfois prudent de ne pas remettre son destin dans les mains des banquiers. C’est enfin jouer, bien souvent, le rôle d’amortisseur social pour éviter de se retrouver à la rue. Le logement social rend possible la diversité des communautés de vie. En versant leurs loyers, les locataires permettent aux bailleurs de réinvestir dans le parc immobilier pour répondre aux évolutions de la réglementation et améliorer les conditions de vie…

 

Concédons au Président de la République qu’il est urgent de refonder la politique du logement social. Nous lui imposerons une seule condition : que dès 2012, il ne puisse plus lui porter atteinte. L’indécence des déclarations du Chef de l’Etat sur les profiteurs du logement social le place dans la posture du pompier pyromane. Sa politique n’a de cesse d’affaiblir toute politique efficace en la matière. Elle prive les bailleurs sociaux de ressources suffisantes et livre le logement social à la concurrence privée des logements défiscalisés. Début 2011, nous dénoncions la taxe mise en place par le gouvernement sur les fonds propres des bailleurs. L’idée de Nicolas Sarkozy était de faire payer les locataires sociaux pour financer la politique du logement. A Bergerac, cette taxe équivalait à plus de 400 euros par logement social pour la seule société immobilière de la Ville, Urbalys Habitat. Ce manque à gagner fragilise les bailleurs sociaux qui doivent également supporter la hausse de TVA. Elle s’applique directement sur l’ensemble des travaux que nous pouvons mener pour améliorer le confort des locataires. Et pendant ce temps, les programmes de logements des « cadeaux fiscaux » de Robien, défendus par exemple chez nous par le député du Bergeracois, continuent de livrer une concurrence au parc social sur les locataires les plus solvables.

 

Lire aussi dans le Blog Notes (en cliquant sur les liens qui suivent) :

 

Racket d'Etat sur le logement social.

 

Pour la défense du financement du logement social.

 

Publié dans Présidentielles 2012

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