Les quartiers, la CAB et Richard Ferrand

Publié le par Fabien Ruet

Les quartiers, la CAB et Richard Ferrand

L’actualité locale et nationale se jouent parfois de nous et offrent des télescopages plus ou moins malheureux. Alors que la Communauté d’Agglomération Bergeracoise se penchait, lundi soir, sur l’attribution de subventions aux projets à destination des quartiers, le nouveau ministre de la cohésion des territoires Richard FERRAND défraie la chronique. Quel rapport me demanderez-vous ? Les services du nouveau ministre sont supposés être nos interlocuteurs privilégiés pour évoquer le devenir des quartiers prioritaires (Naillac, La Brunetière et le Centre-ville de Bergerac) et les questions de logement. Sans se livrer à une chasse à l’homme, totalement injustifiable, disons que l’argumentation du ministère a de quoi me laisser perplexe quant à son appréhension de la réalité des quartiers et à la question du logement social. Deux problématiques au cœur de mes responsabilités locales.

Lors du Conseil communautaire de lundi dernier, le débat sur le Contrat de Ville et l’attribution de subventions, dans le cadre de l’appel à projet 2017 de la Communauté d’Agglomération Bergeracoise, a été très intéressant. Des maires de communes limitrophes de Bergerac comme Monbazillac et Lamonzie Saint Martin ont, par leurs interrogations, permis de faire comprendre le bienfondé du Contrat de Ville au sein de la CAB et de la réponse à apporter aux quartiers dits prioritaires. Ce qu’on appelle Politique de la Ville au sein de la CAB ne renvoie pas à de l’action sociale mais bel et bien à des soutiens à des projets qui permettent aux habitants des quartiers de pouvoir s’autonomiser et s’affranchir du besoin de l’action sociale. 56.000 euros de la Communauté d’Agglomération Bergeracoise, c’est sans doute une enveloppe budgétaire modeste. Mais pour 26 projets, c’est le signe positif d’un dynamisme dans les quartiers dits prioritaires (quand on n’ose pas les qualifier des plus modestes). L’engagement financier et humain de la CAB ne doit pas faire oublier celui de l’Etat, du Département, de la Région et dans une moindre mesure de la Ville de Bergerac (dont ce n’est plus la compétence). L’Etat reste d’ailleurs le principal bailleur de fonds au titre de la politique de la Ville ; mais jusqu’à quand ?

Il n’y a plus de ministère de la Ville comme il n’y a plus de ministère du logement. C’est dans ce contexte que tous les chemins mènent à Richard FERRAND, nouveau ministre de la cohésion des territoires, dont le domaine de compétences semble avoir englobé les problématiques qui nous intéressent. Le système de défense mis en avant par le nouveau ministre en dit long sur le mode de pensée qui domine chez nos gouvernants. Ministre en charge de la politique de la ville, il devra veiller à l’égalité des chances dans les quartiers prioritaires, sans préjugé ni mépris social. Disons que la réponse de son ministère pour justifier de l’embauche de son fils comme collaborateur parlementaire a de quoi choquer : il serait difficile de trouver en Bretagne centrale des jeunes qui sachent lire et écrire correctement. Ce type de discours est inacceptable en général. Il est impardonnable lorsqu’il émane du ministère en charge de la politique de la ville. Il témoigne de préjugés, d’un mépris de classe, d’un relent d’Ancien Régime où une Reine de France incitait déjà le bon peuple à manger de la brioche faute d’avoir du pain. Ministre en charge du logement, il aura pour mission d’accompagner la nécessaire évolution du logement social dans un souci d’équité et de justice sociale. Disons que cette affaire immobilière révélée par Le Canard Enchainé tombe mal. Encore une fois, le système de défense de Richard FERRAND questionne. Il n’y avait rien d’illégal à favoriser une société immobilière détenue par sa compagne. Il en est toute autrement de la morale. C’est surement là que le bas blesse. Entre le mépris du peuple vis-à-vis des jeunes bretons (lointain écho de la soirée entre amis à la Rotonde et du vote de classe qui a accompagné le premier tour de la présidentielle), et ce refus de se remettre en cause dans cette affaire immobilière, la République En Marche de Richard FERRAND se place ouvertement en bon disciple du Prince de Machiavel selon lequel la politique doit toujours être en dehors de la morale : ni morale, ni immorale mais amorale.

C’est toute la différence que j’ai dans l’appréhension de la vie politique et de la conduite de l’action publique. Homme de gauche, je continue à être persuadé que notre action doit être conduite par une certaine éthique : servir plutôt que se servir.

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