Avec Pierre Kalfon, autour de Salvador ALLENDE

Publié le par Fabien Ruet

Avec Pierre Kalfon, autour de Salvador ALLENDE

La vie municipale est parfois l’occasion de faire de belles rencontres. La journée d’hommage à Salvador ALLENDE, vendredi dernier, a tenu toutes ses promesses de ce point de vue là. Le public bergeracois était invité à venir débattre avec une personnalité exceptionnelle. Pierre KALFON était l’invité d’honneur de la Ville de Bergerac, pour participer à une soirée débat autour de la projection du film « Le dernier combat de Salvador Allende » dont il a été le scénariste.

Pierre KALFON a été professeur, écrivain, journaliste et diplomate. Il fait figure de spécialiste de l’Amérique Latine des années 1970 où il y a occupé d’importantes fonctions pendant près de 25 ans. C’est comme directeur de l'Alliance française, en Argentine, qu’il défend une certaine idée de la France et de son rayonnement culturel. Alors qu’il poursuit ses missions au Chili, il accepte de devenir le correspondant du Monde à Santiago alors qu’il est également professeur à l'Université du Chili. Dans ses Chroniques Chiliennes, il revient non sans humour et modestie sur la manière dont il fut honoré de devenir le correspondant du grand quotidien français. Contributeur du journal d’abord anonyme, au nom du devoir de réserve d'un membre de la mission universitaire française au Chili, Pierre Kalfon devient une grande signature du Monde comme correspondant qui suit l’arrivée au pouvoir de Salvador Allende. S'imposant comme un observateur privilégié de l’expérience socialiste et démocratique chilienne, il suffit d’écouter Pierre KALFON quelques secondes pour se trouver immédiatement plongé dans un Santiago culturel et politique en plein effervescence. Le drame du 11 septembre 1973 arrive, presque inéluctable. L’intellectuel français est d’ailleurs très lucide puisqu'il annonce, dès le mois d’août de la même année, que le « compte à rebours » est lancé. La suite nous la connaissons que trop bien. Comme nous l’indique Pierre KALFON, le film projeté au Centre Culturel était au moins porteur de deux scoops. Le premier concerne l’engagement états-unien dans le coup d’Etat qui devait conduire au renversement de la démocratie. Un ancien ambassadeur des Etats-Unis au Santiago n'hésite pas d'y dévoiler la responsabilité directe de l'administration Nixon. Le second porte sur la mort volontaire de Salvador ALLENDE, où le film permet de recueillir le témoignage du seul témoin de la scène, dans un palais de la Moneda abandonné aux flammes.

Se souvenir du 11 septembre 1973 n’est pas une action militante. C’est l'expression d'un devoir de mémoire que tout citoyen du monde se doit d'accomplir. La Ville de Bergerac assume d'y travailler. Il s'agit d'un choix politique, sans ambiguïté, parce qu'une ville qui assume son propre passé peut résolument se tourner vers l'avenir. Nous n'avons pas hésité d'exhumer la mémoire des travailleurs indochinois déportés par la troisième République finissante et le régime de Vichy pour venir faire « tourner » la poudrerie de Bergerac. Etre citoyen du monde est la condition d'une citoyenneté pleine et épanouie. C'est enfin la fidélité à l'audace intellectuelle de nos ancêtres. Je n'ai plus besoin, avec vous, d'évoquer l'héritage du livre de vie de Bergerac. La projection du film a provoqué un grand moment d’émotion dans la salle du Centre Culturel de Bergerac. « Le dernier combat de Salvador Allende » revient, minute par minute, sur la journée du coup d’Etat du 11 septembre. Il témoigne de la destinée d’un homme confronté à la trahison, à la lâcheté et au cynisme des militaires. Il reste un plaidoyer pour la justice en faveur des 3.217 chiliens tués par la dictature, les centaines de personnes disparues et les 38.000 citoyens torturés. Le dernier discours de Salvador ALLENDE doit hanter nos mémoires. Le film le retranscrit dans l'émotion de la diffusion des bandes originales. C'est le cri de la démocratie que les militaires assassinent. C'est le sacrifice d'un homme dont le destin se confond avec un idéal, comme l'ultime témoignage de la loyauté envers le peuple chilien. A ce titre, il vaut mieux parler de mort volontaire que de suicide pour qualifier la fin de Salvador ALLENDE. La notion de suicide reste trop connotée psychologiquement. A l'inverse, la mort volontaire me semble mieux rendre compte de la puissance symbolique du sacrifice du Président chilien. Cette mort volontaire est la marque d'un Président martyr au nom de la légitimité démocratique.

 

ALLENDE n'est pas un socialiste qui meurt pour ses idées, rejoignant la cohorte des martyrs politiques. Il est celui qui, par sa mort volontaire, se sacrifie pour sauver l'honneur de l'engagement politique des démocrates du monde entier. C'est une mort volontaire qui éclabousse à tout jamais les putschistes de 1973 et les condamne à la damnation définitive de l'Histoire.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

WOLFF 23/10/2013 18:18

Ce dut être une soirée mémorable, dans le sens où tous ceux et celles qui ont pu particier garderont bien dans les oreilles ce dernier discours de Salvador Allende depuis le palais de la Monéda, combat bien inégal entre un homme seul contre des fascistes aidés (on le savait déjà) par la CIA du Président Nixon, l'un des plus ripoux des présidents US... Busch c'était de la roupie de sansonnet car il était bête, comme...ses pieds? C'était important de faire venir celui qui connait le mieux les problèmes chiliens: Pierre Kalfon, grande signature du journalisme!...
Gérard WOLL, socialiste... "allendiste".

EB 23/10/2013 08:43

Merci a daniel besombes pour la photographie.